« 30 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 211-212], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11723, page consultée le 05 mai 2026.
30 juin [1844], dimanche matin, 11 h. ½
Où tu es mon Victor bien aimé, sens-tu ma pensée, mon âme, ma vie qui te contemplenta, qui te caressentb et qui t’adorentc ? Je suis avec toi, mon adoré, je te suis, je te garde, je t’admire, je baise tous tes pas, je respire ton souffle, je me mire dans tes beaux yeux si doux. Je ne sais pas quand je te verrai des yeux du corps mais je sais que je ne te perds pas une seconde de vue de l’âme. Je te dis cela tout bêtement parce que je ne sais pas parler. Je ne sais que t’aimer, c’est ma seule et incontestable supériorité et je défie le bon Dieu lui-même de faire une femme qui t’aime autant. Quelle charmante soirée nous avons passée hier, mon Toto adoré ; quelle joie, quelle douceur et quel ravissement dans ces cinq ou six heures d’amour et d’intimité. Qu’est-ce que je n’aurais pas donné, mon Dieu, pour la prolonger, cette soirée, encore cinq ou six heures ? Des années et des années de ma vie. Et toi, mon adoré, as-tu été bien heureux aussi ? As-tu senti ton pauvre cœur se détendre et se calmer dans cette atmosphère d’amour et d’adoration ? Je voudrais savoir cela, je voudrais savoir comment tu vas ce matin, je voudrais te voir, je voudrais te baiser partout.
Juliette
a « contemple ».
b « caresse ».
c « adore ».
« 30 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 213-214], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11723, page consultée le 05 mai 2026.
30 juin [1844], dimanche soir, 11 h.
Je suis furieuse contre toutes ces pauvres vieilles péronnelles1 qui n’en peuvent mais, mais qui sont cause que je ne t’ai pas vu autant peut-être que je t’aurais vu
si j’avais été toute seule. Je suis furieuse, furieuse et furieuse, Juju est très vexée.
J’ai là une lettre de Mme Luthereau
apportée par son mari, du moins je le pense, et contenant un paquet d’aiguilles que
je
sens à travers l’enveloppe. J’ai eu la discrétion de ne pas l’ouvrir. Voilà comme
je
suis héroïque, moi, sans en avoir l’air. La seule chose pour laquelle je n’ai pas
le
moindre héroïsme et la plus petite philosophie, c’est de ne pas vous voir. J’avoue
que
lorsque j’en perds une goutte par la faute de n’importe quoi, je suis furieuse et
enragée. Aussi, ce soir, je n’étais rien moins que drôle avec toutes mes vieilles
filles, dont une vieille femme, je ne sais pas si elles s’en sont aperçues, mais je
m’en fiche supérieurement. Mais, tant que vous ne serez pas venu, je ne décolèrerai
pas. Quelle différence de cette soirée avec celle d’hier ! De ce temps si hideux au
beau ciel bleu d’hier ! Cependant, nos cœurs sont les mêmes, le mien surtout, mais
l’amour se suit et se ressemble mieux que les jours et que les événements.
Juliette
1 Les amies de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
